Dans de nombreux établissements de santé, enchaîner les CDD est devenu une situation fréquente, souvent choisie, parfois subie. Certains infirmiers ou aides-soignants alternent ainsi contrats courts pendant plusieurs années, parfois dans le même service. Si cette organisation peut offrir une certaine liberté, elle n’est pas sans conséquences sur les droits sociaux et la carrière à long terme.
Une flexibilité avantageuse
Pour certains soignants, le CDD permet d’éviter l’engagement d’un poste fixe : possibilité de changer d’équipe, de négocier plus facilement ses périodes de travail ou d’attendre une meilleure opportunité. Dans les secteurs en tension, les établissements renouvellent régulièrement les contrats pour maintenir les effectifs.
Financièrement, le dispositif peut paraître intéressant. Chaque fin de contrat ouvre droit à une indemnité de fin de contrat (prime de précarité) de 10 % du salaire brut, sauf en cas de titularisation ou de signature immédiate d’un CDI. Cette prime peut représenter plusieurs centaines d’euros supplémentaires par mois travaillé.
Arrêt maladie : une protection moins stable
En cas d’arrêt maladie, les droits existent bien en CDD, mais ils dépendent fortement de la durée du contrat et de l’ancienneté acquise. Les indemnités journalières versées par l’Assurance maladie nécessitent notamment d’avoir travaillé un volume minimum d’heures ou cotisé suffisamment sur les derniers mois.
Dans la pratique, des contrats courts successifs peuvent créer des périodes sans couverture complémentaire employeur ou avec des délais de carence répétés. Résultat : un revenu parfois plus instable qu’en poste titulaire, malgré un salaire mensuel équivalent voire supérieur.
Congé parental : un droit… sous conditions
Le congé parental est accessible aux salariés en CDD, mais il suppose d’avoir au moins un an d’ancienneté dans l’établissement à la date de naissance ou d’adoption. Or, lorsque les contrats s’enchaînent avec des interruptions ou dans différents établissements, cette condition devient difficile à remplir.
Concrètement, certains soignants découvrent tardivement qu’ils ne peuvent pas bénéficier d’un congé parental dans les mêmes conditions qu’un collègue en CDI ou titulaire.
Retraite : l’impact invisible des périodes discontinues
Chaque CDD permet bien de cotiser pour la retraite, mais le calcul repose sur les trimestres validés et les revenus annuels. Les périodes non travaillées entre deux contrats — même courtes — peuvent empêcher la validation d’un trimestre complet.
Selon l’Assurance retraite, un trimestre n’est validé qu’à partir d’un seuil minimal de revenus cotisés sur l’année. Des interruptions répétées peuvent donc ralentir l’acquisition des droits, même avec plusieurs années d’activité cumulée.
En résumé, enchaîner les CDD peut constituer une stratégie pertinente à court terme : tester des services, augmenter ses revenus ponctuellement ou garder une mobilité professionnelle. Mais sur le long terme, les effets sur la protection sociale et la retraite deviennent réels.
La clé reste souvent la durée : quelques mois en CDD peuvent être un levier. Plusieurs années sans stabilisation peuvent, en revanche, fragiliser des droits essentiels que l’on ne mesure qu’au moment où l’on en a besoin.
Clémentine Thieblemont
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